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Après avoir testé à peu près tout ce qui se fait en voitures 100% électriques sur le marché (ne manque plus que quelques supercars comme la Furtive-eGT de Exagon Motors ou la Karma de Fisker…), il fallait que je mette la main sur le plus étrange des engins qui soit, le Renault Twizy (testé en version 80, la version avec permis, limitée à 80km/h, il existe aussi sans permis limité à 45km/h). Alors, est-ce l’avenir de la mobilité? Commençons par quelques idées reçues sur le Twizy que je vais faire voler en éclat…

Twizy est trop petit pour être à plusieurs.
Faux : on tient à 5, voire 6 (j’ai pris une majorité de lycéens, quand même, parce qu’avec des rugbymen on en met moins)…

Twizy, c’est juste pour les amateurs de fixie
Faux : un fixie ne rentre pas, vous le voyez bien…

Twizy ne convient pas pour partir en voyage
Faux : ma valise Samsonite 63cm (qui suffit largement pour une semaine à la plage) tient très bien à l’arrière… Reste à trouver une plage à 50km de chez moi…

Trève de plaisanteries, on passe au vrai test dans la vraie vie…

Design
Vous le voyez, le Twizy est un véhicule extraterrestre. C’est assez étrange, mais plutôt sympa, et c’est clairement le véhicule au plus gros capital sympathie dans la circulation parisienne. C’est bien simple, il ne s’est pas écoulé plus de 5 minutes sans que quelqu’un me pose des questions sur l’engin, claxonne en levant les pouces, prenne l’engin en photo ou esquisse un petit sourire amusé. Si vous voulez vous faire voir, le Twizy est l’engin idéal, impossible de passer inaperçu. Et les réactions sont positives : j’ai entendu énormément de personnes complimenter le style de l’engin. Finalement, malgré son parti pris extrême, le petit Twizy plait. Le must have, ce sont les portes. Et oui, elles sont en option! Facturées 590€, je les trouve indispensables. Elles vous permettront de vous sentir un peu protégé (même si ce n’est qu’une impression), de coincer un sac à côté de votre siège, et surtout de frimer avec leur ouverture en élytre, même si le système semble un peu poussif et risque très vite de manquer de force pour soulever la porte.

A l’intérieur par contre, c’est la déception : autant le Twizy est l’engin le plus fun jamais inventé à l’extérieur, autant à l’intérieur c’est un peu la tristesse générale : volant en plastique tout noir de Renault des années 2000, 2 pauvres comodos tout bêtes, 3 boutons, un compteur LCD triste à mourir, des plastiques et une finition à faire passer une Dacia pour une voiture de luxe, entre vis apparentes et plastiques de très mauvaise qualité (mention spéciale pour le « coffre » arrière dont le couvercle s’enlève complètement une fois ouvert…) Rien ici ne vous rappelle l’esprit décalé de l’extérieur.


Performances

Vous deviez être vraiment content le jour où vos parents vous ont offert votre premier scooter… (NDLR : je n’ai pas eu cette chance, mais j’arrive à me projeter, alors si vous êtes comme moi ne vous plaignez pas et imaginez!!) Et bien en Twizy, c’est pareil : l’objet est nouveau, fun, un gros jouet pour grands enfants qu’on veut tout de suite essayer.

Alors c’est parti. Premier contact, premier souci : enlever le frein à main relève souvent du casse tête, il faut donner un coup de frein pour entendre un petit « clic » et pouvoir manipuler la poignée sous le volant… Ce n’est pas gagné à tous les coups!

Ensuite, au niveau conduite, rien de plus simple : 3 boutons pour Marche avant, neutre et marche arrière, deux pédales, si vous ne savez pas le conduire c’est que vous avez moins de 3 ans!
A la conduite, la première comparaison qui vient à l’esprit, c’est le karting : centre de gravité ultra bas, petites roues, assise (pas inclinable) et suspensions fermes, rayon de braquage ultra court… Vous êtes dans un kart urbain. Les accélérations sont correctes, même si on s’attendait à plus de vigueur. Visiblement Renault a un peu « tranquilisé » la commande du moteur pour économiser la batterie. Seul le frein pose problème : pas d’assistance, pas d’ABS : il faut s’habituer à freiner comme avec une vieille voiture (FORT!), et surtout à anticiper, sinon c’est le carton assuré…

On est surpris du bruit de l’engin : le moteur et son réducteur se font particulièrement entendre, chose à laquelle on est pas habitué sur un véhicule électrique… A la réflexion, c’est normal vu le peu d’éléments de carrosserie qui vous séparent du moteur. Mais côté acoustique, le pire du Twizy, ce sont les « bips » du clignotant et l’alerte quand vous êtes arrêtés au feu sans freiner sont particulièrement désagréables. A l’usage, j’ai remarqué que dans une circulation dense, on les entend à peine, d’où leur présence insupportable dans le calme…

Niveau autonomie, cette bestiole n’est pas très bien lotie : 80km affichés à pleine charge, mais qui fondent au soleil dès que vous commencez à rouler un peu vite (le Twizy est limité à 80km/h). Heureusement, impossible de rouler très vite dans les grandes villes, terre de prédilection du Twizy.

Le problème de la recharge
Le vrai problème est la présence encore trop faible de bornes de recharge. Si vous avez une prise dans votre garage, c’est parfait. Mais sinon, les bornes parisiennes se font rares : entre celles qui sont squattées par des véhicules thermiques et celles qui ne fonctionnent pas (elles datent toutes de l’époque de la 106 électrique!!), vous risquez de tourner un moment avant de pouvoir recharger. Pour les bornes Autolib, même souci : outre un abonnement annuel de 180€ pour avoir accès au système avec une voiture personnelle, il faut utiliser la seule place où n’apparaît pas le mot Autolib (pas dans toutes les stations). Si elle est prise, pas de possibilité de recharge. Il reste la solution des bornes dans les parkings Vinci, souvent libres, mais au prix prohibitif du stationnement chez Vinci, difficilement acceptable avec un engin qui peut se garer dans un mouchoir de poche.

Les imprévus
Avec une voiture aussi décalée, on n’est pas à l’abris de quelques surprises. La première : pendant une recharge en plein air, mon engin a visiblement servi de nichoir à des pigeons ou autres oiseaux, comme en témoigne la merveilleuse trace de fiente que j’ai trouvé à l’intérieur de la portière à mon retour. Et vu que les fenêtres ne font pas partie de l’équipement disponible, attendez-vous à vivre le même scénario…

Arrêté à un feu Avenue de la Grande Armée, le (très gros) camion devant moi a manqué son arrêt et se retrouve arrêté après le feu. Tout va bien, je suis serein, jusqu’à ce qu’il commence à faire marche arrière… Ooops, me voit-il? premier réflexe, je commence à faire marche arrière… Et là, le camion freine d’un coup. Ouf, il m’a vu!
Mais être tout petit sans possibilité de se faufiller comme un deux roues peut poser quelques problèmes de ce genre au quotidien…

Mais quelques bonnes surprises ont aussi été de la partie : d’abord la place à l’arrière : difficile d’accès, le passager ne pourra même pas sortir de lui-même si le conducteur n’avance pas son siège… Mais une fois installé, même un grand gabarit comme moi (1,95m) n’est pas trop mal installé (à condition de ne pas porter de jupe – je ne dis pas ça pour moi), et l’option toit vitré apporte un sentiment d’ouverture bien utile pour ne pas se sentir confiné derrière l’appuie-tête conducteur.

Ensuite, malgré un gabarit largement supérieur à un deux-roues, on arrive un peu à se faufiller. Ca ne permet pas de remonter les files de voiture au feu, mais ça permet de passer partout, dans les rues minuscules, dans les endroits où les camions de livraison stationnement en double file et dans bien des situations où une même une citadine aurait été bloquée.

Conclusion
Les avantages et les inconvénients se résument dans cette définition du Twizy : ce n’est pas une voiture, c’est un jouet. Si vous avez beaucoup d’argent (tout est relatif) à dépenser pour un jouet, c’est un jouet mignon, sympa, qui peut procurer quelques sensations agréables… Mais impossible de penser Twizy pour un usage utilitaire : pas de rangements, pas de protection en cas de pluie, trop large pour remonter les files de voiture comme une moto, trop cher. Par contre, quel incroyable jouet! Il rentre dans la lignée des folies de Renault, comme le spider à une autre époque.

Les + :
+ Un style incroyable
+ Bonnes accélérations
+ Tenue de route
+ La place à l’arrière est utilisable

Les – :
– Finition basique
– Ambiance intérieure
– Absence de fenêtres
– Bruyant à l’intérieur pour un engin électrique
– Aucun rangement digne de ce nom
– Impossible de verrouiller l’habitacle
– Le ressort qui permet de lever les portes ne fera pas long feu
– Protection des occupants en cas de choc
– Cher (plus de 8000€ à l’achat, batteries en location à 50€/mois minimum)