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Ca se passait fin décembre (oui, j’ai du retard dans mes articles)… Je reçois un bref mail m’invitant à aller découvrir le Nissan Juke-R en vrai, dans le centre de développement Nissan de Cranfield. Après une longue hésitation de quelques centièmes de seconde, je me suis dit que oui, ça valait la peine de faire le déplacement…


Ca valait le coup, parce que Nissan en ce moment, c’est la marque automobile qui ose. Elle avait osé sortir le Cube en Europe, mais son rapport prestations/prix aux allures de blagues a un peu plombé ses ventes.
Elle a surtout osé sortir le Juke. Un crossover compact qui n’a rien à voir avec son grand frère Qashqai, alors même que ce dernier se vend comme des petits pains. Dans un monde automobile bercé par la formule « on ne change pas une équipe qui gagne », c’est très rafraichissant.

L’engin a beau être compact et abordable, il fait clairement tourner les têtes sur son passage avec une bouille d’extraterrestre ou de manga, au choix. Le Juke, c’est la voiture de ceux qui veulent rouler différent, avec une position de conduite haute, tout en ne se ruinant pas. Pas étonnant qu’elle cartonne.
Ce que Nissan nous a invité à découvrir à Cranfield, c’est la version R de cette petite bête. Rien à voir avec une voiture de série, puisque c’est un travail d’artisan qui a été fait pour faire entrer le moteur de 480ch de la Nissan GT-R dans le minuscule capot du Juke (avec tout le travail de rigidification du chassis que cela implique). Tout ça en conservant l’apparence, aussi bien extérieure qu’intérieure, du crossover de série.

Et ça, c’est tout simplement incroyable, surtout quand on ouvre le capot et qu’on découvre que l’on ne distingue qu’une toute petite partie du V6. On imagine que l’habitacle est reculé, mais en fait non, la planche de bord originale est conservée, augmentée de l’instrumentation de la GT-R.
Le plus incroyable dans tout ça, c’est quand on demande à Thomas Deloison, le chef de produit Juke Europe, comment tout cela a été conçu… On pense à des heures à faire des maquettes numériques, à positionner chaque pièce et à faire des simulations de tenue mécanique… Et bien non, c’est tout le contraire. La méthode pour le coup a été de se lancer directement sur le prototype et à tout ajuster en vrai, sans simulation préalable. Un vrai esprit de bidouilleur comme on n’en fait plus! Ca nous ramène aux bons souvenirs d’une Renault Espace F1, une voiture « des familles » où on avait mis un V10 de Formule 1, pour le plaisir.

Le résultat final est tout à fait cohérent : un Juke noir mat, quelques appendices aérodynamiques dont un énorme becquet en 2 parties qui renforce le look batmobile, et surtout des élargisseurs d’ailes d’une dimension impressionnante… La bouille du Juke est presque intégralement conservé, mais il a désormais une mine boudeuse, prête à bondir. On espère que quelques éléments qui donnent sa radicalité au Juke-R seront conservés sur la prochaine version Nismo, la version sportive du Juke qui sortira en série.

Après la découverte de cette bête musculeuse en statique, difficile de ne pas rester sur sa faim. Pas de rugissement de moteur, pas d’accélérations à se déplacer des organes, non, juste de belles formes sculptées et une mécanique impressionnante.

Pour satisfaire notre soif de chevaux vapeurs en fonctionnement, Nissan avait heureusement fait les choses en grand, en nous proposant de jouer avec des GT-R sur le mythique site de Silverstone. Là-bas, des pilotes-instructeurs de la GT Academy (excusez du peu) nous attendaient, sur un circuit « miroir », histoire de s’affronter en duels de blogs automobiles… Bluffé par les performances de l’engin, et encore marqué par le décalage horaire avec Singapour, votre serviteur n’a pas réussi à faire un temps record, mais j’ai quand même sauvé l’honneur en me plaçant à quelques secondes des meilleurs temps, et en ne finissant pas dernier… Pas mal étant donné que j’étais opposé à des spécialistes automobiles!

Rien de mieux pour affronter le froid que les sensations grisantes procurées par les Nissan GT-R. A peine le moteur prend des tours que l’on sent que la bête se réveille dans une explosion de puissance, prise d’une irrépressible envie de faire passer les roues arrière à l’avant. C’est bestial, brutal, jouissif… Le sentiment à son volant est de dompter un monstre. On se surprend à prendre les virages en léger drift, histoire de jouer avec cette puissance incroyable, et même si elle nous permet toutes les excentricités, la voiture a un comportement ultra sain, rendant les erreurs assez faciles à rattraper.
En résumé, la Nissan GT-R, en plus de savoir vous briser les vertèbres par des performances de tout premier plan, vous colle un sourire au visage pour un bon moment. Un seul regret : ne pas avoir eu l’occasion de faire plus de tours de piste pour apprendre à dompter le monstre.

Après cet événement, Nissan nous a communiqué les chiffres de sa machine… Sans surprise finalement, la version gonflée du Juke se pose bien comme le crossover le plus rapide avec une v-max officialisée à 257 km/h pour un 0 à 96 km/h demandant une misère de 3,7 s. Pas mal pour un pari totalement fou!