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Bang & Olufsen a mis du temps pour sortir un lecteur audio connecté. Entre le Beosound 5 Encore qui jouait dans la catégorie chaîne hifi complète en reprenant tous les attributs du Beosound 5, mais adapté aux possesseurs de NAS, ou le Playmaker, un produit dont je n’ai jamais compris comment son horrible look a pu passer les étapes de validation de la marque plutôt habituée à l’excellence, il y avait de la place pour un produit simple et élégant. Avec le Beosound Essence, B&O a peut-être trouvé une formule gagnante… Mais pas encore parfaite.

Design
Le Beosound Essence, c’est juste une boîte blanche en plastique aux dimensions contenues, dotée d’un petit cache câbles (dimensions : approximativement 31x17x3cm avec le cache de 6cm environ). Là dessus, vous branchez votre paire de Beolab favorite (ou le transmetteur Immaculate Wireless sound aux dimensions identiques si vous voulez jouer la carte Beolab sans fil), un câble réseau si vous voulez (le Beosound fonctionne aussi en wifi, après la première mise à jour…), et puis une source externe si vous voulez (par exemple un vieux Beosound old school des années 70). Ensuite, vous cachez cette boîte et vous ne la regardez plus jamais.
La seule partie émergée du Beosound Essence, c’est son contrôleur sans fil (Bluetooth Low Energy). Et c’est dans ce petit bidule rond que tient toute la magie du Beosound Essence : vous pouvez vous servir de ce ce contrôleur comme d’une télécommande simplifiée, tel quel ou sur un socle rectangulaire, et le balader avec vous, ou, plus original, fixer ce contrôleur au mur, comme un interrupteur.
C’est dans ce petit contrôleur que réside toute l’intelligence du concept : si comme moi vous avez déjà utilisé un Sonos Connect sur une paire d’enceintes, vous avez sûrement été comme moi tenté de le cacher, mais comme moi vous avez sûrement souvent pesté en raison de l’absence de moyen de contrôler vite fait, si ce n’est la musique en cours, au moins le volume sonore. Avec ce genre d’appareils où quasiment toute l’interface utilisateur réside dans votre téléphone ou votre tablette, il manque un petit contrôle physique rapide.
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Le Beosound Essence propose une solution particulièrement élégante en immaginant ce contrôleur comme un interrupteur mural pour la musique. Il est d’ailleurs possible d’appairer plusieurs contrôleurs à un seul Essence, pour par exemple placer ces « interrupteurs » à côté de chaque porte, ou l’un sur la table de chevet, et l’autre sur la porte à l’opposé de la chambre. J’avoue avoir été particulièrement séduit par cette idée.
J’aurai simplement été encore plus séduit si le contrôleur ne manquait pas d’une touche B&O en terme de qualité perçue : oui, la bague de volume est en aluminium, oui, tout est assemblé à la perfection sans aucun jeu apparent… Mais il y a un mais : le centre avec ses 4 boutons est en plastique. Et ça, ce n’est pas acceptable chez B&O. Il y a évidemment la contrainte technique qui interdit l’usage de l’aluminium pour cette partie, histoire de laisser les signaux radio sortir quelque part… Mais si le centre avait été en verre, on aurait eu la touche grand luxe qui manque (exemple avec l’iPhone 5S : les parties non aluminium à l’arrière sont en verre pour laisser passer les ondes en donnant une finition luxueuse, pas en plastique). Dommage. Après, si vous voulez utiliser le contrôleur comme une télécommande, c’est à dire le bouger dans la pièce avec vous, le plastique supportera mieux les chutes.
Certains regretteront peut-être l’absence d’un petit écran rond au centre du contrôleur (façon thermostat Nest) pour savoir où on en est dans les stations de radio ou la playlist… C’est vrai que ça m’a parfois manqué pour la radio, mais la perte d’autonomie batterie qui en aurait résulté aurait été dommageable. Et sous cette forme, le contrôleur reste ultra épuré et pas trop cher (100€ le contrôleur supplémentaire, c’est à peine plus cher que ne l’était le porte clés B&O, quand il était au catalogue!)
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Performance
J’ai essayé le Beosound Essence à mon domicile, connecté à une paire de Beolab 8000, en wifi et en Ethernet, avec comme sources la radio, Spotify et le serveur DLNA Synology, contenant du FLAC 16 et 24 bits, et quelques autres fichiers.
Première constatation : que ce soit avec l’application BeoMusic qu’avec DS Audio, tous les formats audio en ma possession (FLAC 16+24 à 44/48 et 96kHz ou MP3) sont lus correctement par le Beosound Essence.
Première déception : c’est l’application BeoMusic qui décode les FLAC en local sur le périphérique de lecture, donc si vous ne la laissez pas au premier plan, la fonction de réduction de consommation d’iOS va couper la musique au bout d’un ou deux morceaux. Absolument inutilisable en condition d’utilisation normale. Etrangement, j’ai eu le même problème avec mes MP3.
Autant vous dire qu’avec ce genre de soucis, et ce fonctionnement lourd pour la batterie de mes gadgets, je me suis vite tourné vers un autre moyen de lecture.
Heureusement, le Beosound Essence est un bon lecteur DLNA, Airplay, et même Spotify Connect. C’est sur cette dernière fonction que ce lecteur fait toute la différence : si vous avez un compte Spotify Premium, le Beosound Essence va en tirer le meilleur parti en permettant de lire directement vos playlists depuis le web, sans utiliser les ressources de votre smartphone ou tablette. Vous pourrez même utiliser la fonction de lecture « comme un interrupteur pour la musique » en continuant là où vous vous étiez arrêté simplement en appuyant sur la touche lecture. Magique. Ca marche aussi avec la radio (qui se base sur le moteur de TuneIn, vous devriez donc trouver toutes les radios du monde). Par contre, ça ne marche quasiment pas avec une playlist locale… Quasiment? Oui, en fait ça peut marcher, pour peu que votre serveur DLNA/Airplay soit un peu puissant. De mon côté, j’utilise un Synoology DS412+, et autant vous dire que ce NAS et son application DS Audio on complètement transfiguré l’expérience du Beosound Essence.
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Non seulement, quel que soit le protocole utilisé (les NAS Synology savent streamer directement en Airplay), il n’y a aucun souci de playlist qui s’arrête. Même si vous avez mis l’application en tâche de fond, et même si vous avez carrément fermé l’application : c’est le NAS qui gère la playlist, et vous pouvez tout contrôler normalement avec le « bouton » du Beosound (piste suivante/précédente, lecture/pause, volume). Cerise sur le gâteau, si vous n’avez pas éteint votre NAS entre temps et que vous avez utilisé Airplay pour envoyer la musique au Beosound, le bouton lecture permettra de reprendre votre lecture à l’endroit exact où vous l’aviez interrompue.
Autant vous dire que si l’application BeoMusic était aussi bien conçue que DS Audio, le Beosound Essence serait une offre parfaite.
Parfaite? En fait non, il reste une inconnue, et de taille : est-ce que le Beosound Essence est condamné à rester un produit indépendant, ou va-t-il devenir un système multiroom complet façon Sonos? La question reste en suspens, mais c’est pourtant une question primordiale : si on peut se servir d’un Beosound Essence comme d’un Sonos Connect:Play dans les chambres secondaires avec un système principal B&O dans une pièce, alors le Beosound Essence pourrait commencer à devenir un must have pour qui possède quelques éléments B&O. Ue affaire à suivre de près, donc.
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Conclusion
Le BeoSound Essence est un produit attrayant dans sa philosophie : une sorte d’interrupteur mural pour la musique. Hélas, avec ses limitations actuelles (toutes sont logicielles), il laisse une forte sensation d’inachevé. Autant je tolèrerai le genre de défaut logiciels qui entâchent l’application BeoMusic sur un produit de petite startup à prix réduit, autant chez B&O, et pour 800€, ça fait vraiment tâche. C’est vraiment dommage, d’autant plus que tout le reste du concept est particulièrement réussi, entre un boîtier facile à cacher qui n’oublie pas la connexion auxiliaire et un contrôleur à la finition digne de B&O (à part le plastique central). Etant donné la robustesse d’utilisation et la simplicité du système avec les applications Spotify et DS Audio (Synology), on remarque que le potentiel est fort et que ce Beosound Essence pourrait devenir le nouveau must have pour créer un système multiroom B&O moderne, numérique et futureproof… Mais pour le moment le Beosound Essence est vendu comme un dispositif indépendant, et la seule façon de synchroniser la musique entre deux pièces est de passer par AirPlay. L’avenir dira si B&O a de l’ambition pour ce petit système ou si encore une fois (comme le Beosound 5 Encore ou le PlayMaker), la marque danoise laissera cet engin indépendant des autres éléments audio.

Les + :
+ la boîte technique à cacher et le contrôleur apparent est une solution élégante.
+ DAC de qualité
+ Compatible Spotify Connect
+ Radios via TuneIn : offre complète et fiable
+ Compatible DLNA et AirPlay
+ Lecture de tous les formats audio que j’ai pu lui envoyer sans souci
+ Une entrée pour capteur infrarouge disponible devrait permettre (après une future mise à jour) la commande par Beo4/ BeoRemote
+ A l’inverse, le contrôleur Essence dispose de diodes infrarouges pour piloter une installation B&O

Les – :
– Pas de wifi 5GHz… Pas très futureproof (mais le filaire, ça reste une solution d’avenir…)
– BeoMusic en général, en particulier :
– pas de fonction recherche en DLNA dans BeoMusic
– pas de scrolling rapide en DLNA pour passer de A à Z dans BeoMusic
– Le bouton permettant de lire la dernière source fonctionne pour Spotify et la radio, mais pas pour une source DLNA, alors que ça marche si votre dernière source était DS Audio avec le protocole AirPlay.
– impossible de naviguer au sein d’un morceau DLNA (avance rapide, etc)
– beaucoup de bugs qui font planter le système
– pas (encore?) multiroom : impossible de synchroniser la musique avec un autre Essence ou tout autre produit B&O façon Sonos sauf en AirPlay
– pas d’entrée auxiliaire numérique