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Ca y est, le salon Maison & Objet a fermé ses portes, et cette année beaucoup de nouveautés faisaient penser que le design effectue une sorte de comeback. A l’inverse du « basique en carton » qui semble déjà passé de mode (mais aura permis aux clients de réaliser qu’ils pouvaient fabriquer eux-même des objets plutôt que les semble opérer un retour vers le bel objet, l’objet d’art, l’objet manufacturé plutôt qu’industrialisé, l’objet qui dure, celui avec lequel on va vivre et pas celui qu’on consomme. Le designer s’allie avec l’artisanat, ou devient artisant-designer. Et alors que les politiques nous bercent avec de belle utopies de de made in France, le design s’y attelle très concrètement, avec une belle place pour la production française dans ces pièces d’exception.

Cette tendance est bien illustrée par la montée en force de Pleyel, dont on a déjà parlé, qui vend désormais de beaux meubles dont la France peut être fière.
Mais ils ne sont pas seuls. A ce sujet, on salue la naissance d’un nouvel éditeur français, Haymann, qui présentait une première collection prometteuse, intégralement signée par le designer portugais Toni Grilo. Travail sur les matières nobles, sur l’essentiel et l’intemporel. On y a repéré un très beau et très épuré vase en cristal, des assises en liège en forme (et au nom) de macaron, mais surtout le fauteuil Twist, impressionnant (mais paraît-il beaucoup plus confortable qu’il n’en a l’air), en chêne français, fabriqué au Portugal (1500€).

Encore et toujours du bois, une matière noble tout simplement omniprésente sur Maison & Objet 2012, avec les chaises Saski, dessinées par Jean-Louis Iratzoki et éditées par Alki, une entreprise basque réalisant des prouesses en mélangeant savoir-faire artisanal et usinage numérique.

Dans la série des belles réalisations françaises en bois, il faut citer les fauteuils Kago de Jean-Marc Gady pour Perrouin :

Dans un style très proche, Benjamin Hubert signe le fauteuil Maritime édité chez Casamania et lauréat d’un prix IF product design Award.

Autre réalisation d’exception, toujours française, la collection de tables Astrolab de Roche Bobois. Un sublime mécanisme aux rouages dorés et chromés apparents permet d’allonger ou rétracter sans bruit la table de repas (6240€) ou la table basse (2030€) d’un simple appui sur… Leur télécommande! Incroyable, inutile, mais hypnotique pour un passionné d’horlogerie comme moi! J’ai d’ailleurs une forte préférence pour la table de repas, au mécanisme bien plus compliqué que la table basse.

Le créateur de l’année « Now! » était Tokujin Yoshioka. Preuve que l’objet d’art est incontestablement d’actualité. Difficile de classer ses créations entre art et design. L’espace qui lui était consacré mettait en valeur son « crystalised project » avec des objets générés par croissance cristalline. Entre une chaise « Venus » dans son aquarium en train de « croitre » et les tableaux cristallins aux murs (Destiny, Moonlight et Unfinished), dont la croissance a été modifiée par la diffusion de morceaux de musique classique, difficile de faire plus arty. Difficile de ne pas avoir de coup de coeur pour cet espace onirique blanc immaculé.


Et puisqu’on parle de pièces uniques, on peut faire du design avec des déchets, comme le prouve la chaise Rememberme chez Casamania, faite de vieux jeans agglomérés dans une résine. Il est même possible de demander une chaise en commande spéciale avec ses propres vieux vêtements, il suffit d’en avoir 5kg! Cette tendance de la récupération ou de l’upcycling est illustrée à la perfection par les frères Campana, justement nommés créateurs de l’année Maison & Objet.

Enfin, comment ne pas évoquer Blackbody quand on parle de pièces uniques, ils réussisaient encore à nous impressionner avec un sublime lustre signé Thierry Gaugin, I.rain, sorte de pluie lumineuse, ou de ciel étoilé très high tech…