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Depuis octobre 2010 s’est ouvert une nouvelle galerie d’art à Paris. Une galerie dont le but n’est pas le commerce, mais le partage de la passion pour l’art contemporain. Un OVNI dans le marché de l’art que j’ai finalement mis du temps à visiter, mais sans manquer l’exposition inaugurale. Cette galerie, c’est la collection Rosenblum, du nom de ses fondateurs, Steve et Chiara Rosenblum, plus connus pour avoir fondé Pixmania. Visite.

Visiter la collection Rosenblum, c’est d’abord une expérience : on y entre par une énorme et lourde porte métallique noire. On est dans un couloir noir, dans lequel se détache un cadre de lumière. On avance vers la lumière, puis on découvre sur la droite l’entrée de l’exposition.

Cette collection inaugurale s’intitule (ou plutôt s’intitulait) Born in Dystopia. Dystopia, c’est en anglais l’opposé d’utopie. Un mot qui n’a pas de traduction française et explique le choix d’un titre dans la langue de Shakespeare. Le choix des pièces exposées est directement guidé par le vécu des collectionneurs. Leur premier achat, qu’ils peuvent admirer pour la première fois, est ici : une installation de Christoph Büchel, un container à bagages d’aéroport explosé par une bombe artisanale. Chiara nous explique que ses premiers achats ont été guidés par l’envie de témoigner à ses enfants, alors bébés, du sentiment que leur parents avaient à l’époque tourmentée de leur naissance. La peur, l’instabilité, la vision d’un monde « no future ».

J’oubliais un détail, mais vous l’aurez compris : ce n’est pas un guide qui nous fait visiter l’exposition, c’est LE guide, Chiara Rosenblum elle même (à moins que ce ne soit Steve qui guide votre visite, en fonction des jours), désireuse de faire partager sa passion et ses œuvres au plus grand monde. A l’ère de Twitter et Facebook, quoi de plus normal que de partager sa passion pour l’art avec tous ses amis, ses fans, et les inconnus de passage? Un choix révolutionnaire dans le petit milieu de l’art parisien, et une philosophie d’ouverture encore rare parmi les collectionneurs privés.

Cette modernité d’esprit se retrouve dans le choix des œuvres, qui parlent à cette génération Y, ces digital natives qui ne se retrouvent pas forcément dans des collections d’art contemporain de propriétaires plus âgés. Dystopia, bien sûr, mais espoir tout de même, second degré, double lecture qui fait que même si les oeuvres sont particulièrement noires, on ne ressort pas (seulement?) de la galerie Rosenblum avec l’idée d’un monde qui se meurt, mais avec des questions sur le (dys)fonctionnement géopolitiques (quel exemple plus parlant que l’installation G8 d’Andrei Molodkin – ci-dessus?)

Une collection riche et intelligente, une expérience à vivre. A vous de vous faire votre idée pour le prochain accrochage, qui devrait ouvrir en même temps que la FIAC.