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Je vous conseille de lire ce post de Rue89 exposant le pillage actuel de Chandigarh, la ville « idéale » créée par Le Corbusier dans le nord de l’Inde. On ne peut que s’inquiéter de la spéculation qui fait que des morceaux de l’histoire du design et de l’architecture disparaissent de la ville et s’arrachent à des prix records dans les maisons de vente occidentales (et comme d’habitude, ce n’est pas ceux qui en ont réellement besoin qui profitent de ce business).
Mais au fond, est-ce un si grand mal? Si la ville de Chandigarh est une œuvre totale au point de ne pas survivre de la disparition de l’une de ses parties, comment imaginer que cette ville puisse être une ville? La disparition d’une vulgaire plaque d’égout (vulgaire, mais atteignant 16800€ en maison de vente) semble mettre à mal la cohérence de la ville, ce tout, pensé dans les moindres recoins par Le Corbusier.

Pire, la candidature de la ville au patrimoine mondial de l’UNESCO serait remise en cause si un seul de ses bâtiments était simplement modifié.
Je cite Rue89, qui cite Deepika Gandhi (professeure à la faculté d’architecture de l’université du Pendjab à Chandigarh) : « Les normes et les règlements de l’Unesco sont très stricts, les monuments ne doivent pas voir été endommagés ou modifiés ».
On imagine facilement ce réglement valable pour un château, une demeure historique… Mais pour une ville, destinée à évoluer, à suivre ses habitants, à changer de forme avec le développement du mode de vie local, comment peut-on exiger une telle immobilité? La ville est par définition vivante.
Le Corbusier a réussi à concevoir non pas un petit quartier mais un pan complet de ville. Alors ceux qui veulent garder cet héritage intouché l’exposent à une très probable désertification et muséification. Difficile de voir un monument de l’histoire de l’architecture s’altérer, mais dans ce cas, est-ce vraiment un mal? Peut-on appliquer à une ville entière ce qui est à la base pensé pour un monument unique?