[test] Tesla Model S : game changer


C’est un test « cadeau de Noël » qu’on vous offre un peu tard : la Tesla Model S, ce n’est pas juste une berline d’exception dotée de performances exceptionnelles (encore plus exceptionnelles dans la version P85 testée ici). C’est peut être une nouvelle ère automobile qui se dessine dans nos rues avec elle. Une ère où voiture électrique n’est plus synonyme de compromis.


Design
Il est déjà loin le temps du Roadster Tesla… La start up californienne qui était partie d’une base de Lotus pour produire une électrique radicale est maintenant grande et réalise ses voitures de A à Z. Et extérieurement, c’est très réussi!
A mes yeux, la Model S a des faux airs de Jaguar, peut-être même un petit côté Aston Martin… Il y a pire comme références. Mais le résultat est là : un dessin sobre, fluide et élancé. Certains la trouvent fade et trop consensuelle, de mon côté j’avoue que la ligne me plaît énormément, et que ceux qui trouvent qu’il faudrait renforcer son agressivité peuvent partir de cette base propre pour y ajouter des éléments de carrosserie spécifique s’ils le désirent (il faudra dans ce cas du sur mesure vu la diffusion encore confidentielle de l’engin). Seule la partie arrière manque peut-être un peu de finesse, comme les feux, un peu gros (mais l’un d’eux cache la trappe de recharge).
Les amateurs de gadgets craqueront pour les poignées de porte rétractables (elles se déploient lors du déverrouillage de la bête, comme une invitation au voyage, et se rétractent en conduite, pour améliorer l’aérodynamique).
Le seul défaut majeur à la conception extérieure de la Model S est l’absence de rétroviseurs rabattables, impardonnable sur une voiture aussi large. Espérons que Tesla corrige ce détail pratique dans une prochaine mise à jour.

A l’intérieur, heureusement que le regard est happé par l’élégant tableau de bord et l’énorme écran tactile qui sert de centre de contrôle, car beaucoup de détails rappellent que l’on est dans une voiture américaine : la finition laisse à désirer (regardez le collage de la garniture de pavillon au niveau des portes avant…), et les plastiques sont parfois très bas de gamme (à l’image du plastique qui habille l’avant du suppport d’accoudoir – on ne peut pas parler de console centrale vu qu’il y a un trou entre les deux passagers avant!). Tesla n’est pas au niveau de l’automobile européenne en ce qui concerne la qualité de finition intérieure, mais on peut leur pardonner cette erreur de jeunesse, car presque tout le reste est réussi.

Une finition qui peut encore largement progresser


Bémol au niveau des rangements : vous profitez d’un coffre immense à l’arrière (745 litres!), d’un coffre de grande capacité à l’avant (150 litres), mais par contre, à l’intérieur, pas de bacs de portes, et une boîte à gants qui porte très bien son nom : vous n’y glisserez pas grand chose d’autre qu’une paire de gants. Notons tout de même que les designers de Telsa ont choisi de tout simplement supprimer la partie avant de la console centrale, laissant un très grand espace pour ranger un ou plusieurs sacs de bonne taille entre les deux passagers avant (il reste tout de même un accoudoir qui s’ouvre sur un petit rangement).

Un coffre à l’arrière…

… Et un autre à l’avant! Idéal pour les trafiquants!

En ce qui concerne la tablette de contrôle, le constat est un peu plus mitigé. Le problème n’est pas l’interface, assez intuitive malgré le nombre incroyable de fonctions accessibles, mais le principe même du tout tactile à la verticale : en conduite, sans support pour la main, les gestes sont moins précis. Il reste donc encore du travail pour que ce panneau de commandes futuriste fasse oublier les vieux boutons.

Performances
On était sortis du Roadster avec les tripes remuées grâce à la catapulte que constituait son moteur. Les accélérations que procurent cette Model S P85 (P pour Performance…) sont presque équivalentes : le 0 à 100km/h est abattu en 4,4s, et vous propulsent clairement dans une autre galaxie : il suffit d’enfoncer la pédale d’accélérateur pour que tout le reste du trafic paraisse figé, tout en vous scotchant littéralement à votre siège. La réserve d’accélération est grande, et il faut s’aventurer loin des limitations légales pour sentir une baisse de puissance. Le plus étonnant dans tout ça, c’est le décalage complet entre l’accélération extraordinaire et l’ambiance de salon roulant, spacieux, lumineux, sans bruit rageur de moteur. Vous n’êtes pas dans la même dimension que les autres usagers de la route autour de vous dans leurs poêles à mazout poussifs.

Cette accélération spectaculaire se paie au prix d’une petite légèreté dans la direction, preuve que malgré le centre de gravité très bas de la limousine électrique, l’accélération est telle que la masse se concentre fortement sur l’essieu arrière. C’est bien perceptible quand vous collez le pied au plancher, mais en situation courante, la direction avec son assistance réglable (ce n’est que l’un des nombreux paramètres du véhicules sur lesquels vous pouvez agir grâce à l’écran de contrôle, à l’instar de la garde au sol si vous avez opté pour les suspensions pneumatiques) est assez précise, sans être un modèle du genre.
Le seul défaut de cet engin électrique dans ses prestations de conduite, c’est son freinage : la pédale de frein a une longue course, le freinage manque de mordant… En résumé, vous avez un touché de frein très « limousine américaine » et pas celui d’une bonne sportive européenne. C’est dommage, et c’est à peu près le seul point qui gâche le plaisir de conduite.

Et oui, contrairement à tout ce que j’ai pu conduire d’électrique, ce n’est pas l’autonomie qui vous fera défaut : notre modèle d’essai, plutôt chahuté, affichait un glorieux 409km d’autonomie au départ, chauffage en marche (et au final, l’autonomie consommée était très proche du kilométrage réellement effectué). De quoi me faire verser une petite larme, moi et mon électrique dont l’autonomie tombe à 70km quand le chauffage est à fond!!! Vous pourrez donc rouler, ou plutôt survoler la route dans un grand silence, pendant des heures au volant de cette nouvelle forme de machine à voyager.

Côté interface de conduite, à l’usage, on peut dire que le combiné est une franche réussite : toutes les informations utiles sont bien présentées, de façon logique et simple, dépendant du contexte. Un exemple : si vous lancez un guidage GPS, la carte complète et les indications de changement de direction apparaissent dans le tiers gauche du combiné. Pratique.
Comme on l’a déjà abordé, on ne peut pas en dire autant de l’écran de contrôle central : même si son interface est assez soignée, même si pour la première fois on a affaire à un système multitâches dans une voiture, il souffre d’un gros défaut en plus d’être positionné à la verticale sans support pour le bras : trop souvent, les reflets le rendent très peu lisible.


On pourrait trouver étonnant que Tesla arrive à faire de sa première « vraie » création une voiture convaincante, sans défaut majeur, face à des constructeurs souvent centenaires. Mais la grande force de Tesla face à l’ensemble de l’industrie automobile, c’est d’être parti de zéro sur une plateforme 100% pensée pour l’électrique.
Alors que les autres constructeurs cherchent à tout prix à rentabiliser leurs coûteuses lignes de productions qui produisent les mêmes voitures thermiques depuis des années, Tesla a pu partir sur une plateforme révolutionnaire, où toute la partie technique ou presque tient dans le chassis : batteries, système de gestion, amortisseurs, moteurs… Non seulement, Tesla a pu peaufiner cette base sans la contrainte encombrante et lourde du moteur thermique, mais l’américain dispose désormais d’une base mécanique sur laquelle il n’a plus qu’à « poser » une cellule de vie au look de leur choix, comme un jeu de Lego. Il suffira de changer les lignes de carrosserie, de rajouter deux moteurs à l’avant et de placer les suspensions plus en hauteur pour disposer d’un SUV : le Model X déjà annoncé… Pas mal!

Conclusion
Je ne le cachait pas en ouverture, la Tesla Model S est une vraie réussite, aussi bien sur le plan technique qu’esthétique. Et en cela, c’est un bienfait pour l’humanité. Pas parce que son empreinte carbone réduite (là où l’électricité ne provient pas du charbon) sauvegardera vos poumons, mais parce que pour la première fois, une voiture électrique n’a rien, absolument rien à envier à une voiture thermique. Ligne aguicheuse, performances ultimes, grande praticité… Grâce à elle, beaucoup de conducteurs vont désormais comprendre que l’électrique est vraiment un moyen de propulsion crédible. La Model S semble être à l’industrie automobile ce que l’iPod a été pour les baladeurs. Les constructeurs historiques se doivent de réagir!

Les +
+ Ligne
+ Double coffre (avant + arrière) énorme
+ Autonomie
+ Ergonomie futuriste
+ Accelération de supercar

Les – :
- Le freinage manque de mordant
- Finition intérieure et matériaux perfectibles
- Rétros pas rabattables (et voiture large)
- Très peu de rangements (pas de bacs portière, boite à gants très petite)
- Ecran de commande trop sujet aux reflets

1 commentaire

  1. Vivement la v.2 et la généralisation de ce genre de véhicule !

Commenter cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>