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Aujourd’hui (je triche, c’était la semaine dernière), Facebook fête ses 15 ans (NDLR : ah tiens, le réseau social est à peine plus vieux que diisign!), un réseau qui, s’il avait un côté fun à ses débuts, est désormais devenu un monstre.

Un site simplement fait pour nous faire perdre du temps
Facebook nous abreuve de contenu plus ou moins intéressant, en essayant de deviner nos goûts grâce à ses algorithmes pour nous servir des contenus semblables à ceux qu’on a regardé, donc aimé, ou ceux qu’on a « liké ». Pour moi, Facebook a eu un avantage majeur : il a complètement éradiqué les documents (en général Powerpoint) débiles qu’on s’échangeait par mail entre collègues au début des années 2000 (les moins de 20 ans n’auront jamais la chance de recevoir un word sur les types de caca, ou un powerpoint sur les voitures les plus mal garées, ils trouveront ça en se connectant sur Facebook).
Mais vous n’avez jamais remarqué que Facebook se fait un malin plaisir à ne jamais vous présenter ses contenus dans le même ordre? Que quand quelque chose vous a intéressé sans l’avoir liké, il vous faut des heures à « slider » votre fil d’actualité pour le retrouver, si un jour vous le retrouvez? Facebook a été conçu pour vous faire perdre votre temps, en espérant que vous y restiez le plus longtemps possible. Parce qu’en cherchant ce post, vous allez tomber sur d’autres posts que vous allez lire… Et au passage vous allez voir des dizaines de pubs, et bien sûr cliquer sur certaines d’entre elles, ciblées à la perfection.

Social : un réseau qui cloisonne
Facebook a lancé les « réseaux sociaux ». Si le terme est exact en ce sens qu’il est un réseau qui lie des communautés de gens, il y a un souci sur la notion de social. Le réseau ne crée pas une société, il crée des petites communautés de gens qui partagent les mêmes goûts et les mêmes valeurs. En cela, il divise la société en communautés. Mais si tout s’arrêtait là, il n’y aurait pas de problème.
Le problème, c’est son algorithme qui choisit le contenu qui vous plaira. Cet algorithme cherche à vous plaire… Donc il ne va normalement vous donner du contenu qui vous plait, juste pour que vous restiez sur Facebook. L’effet pervers, on le connaît : en ne vous donnant que ce qui vous plaît, il ne vous incite pas à réfléchir, et vous conforte dans vos opinions. Et c’est comme ça qu’un cercle d’amateur de monstrueux SUV qui trouvait que le pétrole était trop cher (alors que la planète est en train de crever, mais ça, Facebook ne leur en a pas parlé) a réussi à s’autopersuader que sa cause était bonne jusqu’à aller dans les rues pour manifester son désarroi, dans un mouvement qui lui a depuis complètement échappé…

Média : fake news network
On est nombreux à avoir pris le réflexe de consulter les réseaux sociaux pour disposer d’informations ultra fraîches, directement postées par ceux qui la vivent. Mais cette immédiateté a un revers : aucun contrôle n’est fait sur l’éventuelle violence du contenu, aucun recul n’est pris sur l’information, et surtout aucun système n’existe pour vérifier que l’information publiée est exacte (certains comptes se sont bien sûr créés, vérifiant les informations, mais le temps de décodage d’une information sera toujours beaucoup plus long que celui d’en créer une nouvelle, ces comptes sont donc condamnés à ne traîter qu’une partie des « infox » publiées). On est bombardés de fausses informations, mais l’algorithme de Facebook, qui choisit les sujets qui vous plaisent, n’y tient pas compte. Pas étonnant alors que des théories complètement délirantes arrivent à faire le buzz, comme celle qui veut que Macron ait vendu l’Alsace et la Lorraine à l’Allemagne par le traité d’Aix-la-Chapelle… Lamentable.

Publicité : il y a (aussi) un souci
Quand on met de la pub sur un site internet comme diisign (je ne l’ai jamais fait, sachant qu’on ne vise ni l’audience ni la rentabilité), vous pouvez passer par n’importe quelle plateforme, même si celle de Google a une position dominante. Vous pouvez même vous passer de plateforme publicitaire et faire le travail à la main si vous voulez (si vous faites une campagne ciblée sur un produit par exemple). Mais le plus important, c’est que vous pouvez aussi utiliser n’importe quelle solution pour suivre le nombre de clics sur cette pub, même si Google Analytics est là encore très dominant. Rien ne vous empêche de comptabiliser vos clics avec un petit script par exemple.
Chez Facebook, vous êtes dans un écosystème fermé : au sein de Facebook, vous payez Facebook pour diffuser votre campagne de pub, et surtout, c’est Facebook qui vous donne les statistiques de votre campagne. Il n’y a pas un problème là? Si, et Facebook en profite largement, puisque le réseau a déjà été poursuivi pour donner des fausses statistiques de visionnage des publicités vidéo, allant jusqu’à multiplier par 10 les statistiques.
En tant qu’annonceur (testé une seule fois), j’ai pu vérifier que Facebook faisait vraiment ce qu’il voulait : en résumé un post vu par exemple 100 fois d’après les statistiques affichées passait à environ 90 fois au moment où j’ai lancé une campagne promotionnelle. Etant donné qu’on paie au post vu, c’est quelques centimes (voire dixièmes de centimes) gagnés pour Facebook : ce n’est presque rien, et je ne vais pas me plaindre pour ça… Sauf que justement, multiplié par les centaines de milliers de petits annonceurs, c’est un gain sympathique au final… Et puisqu’on ne peut rien voir, difficile de croire que le bidouillage des chiffres s’arrête là.

Vie privée : ça craint vraiment
Quand on a appris fin 2018 que Facebook avait communiqué des millions de données personnelles à des clients comme Amazon ou Google sans le consentement des utilisateurs concernés, on se dit qu’il faut mettre le strict minimum sur Facebook… Surtout quand ce même Facebook lance le #10yearschallenge : un petit « jeu » qui a vite fait le buzz, demandant de poster deux images de soi à 10 ans d’intervalle… Juste pour le fun? Après toutes les révélations sur le réseau et ses pratiques, difficile d’imaginer que ces posts faciles à repérer via leur hashtag n’aient pas été employés à entraîner des systèmes d’intelligence artificelle, histoire de les éduquer sur la façon dont on vieillit visuellement…. Pour continuer à ajouter des données sur vous quel que soit le réseau (Instagram par exemple, propriété de Facebook), même si vous n’avez mis qu’une vieille image de profil jamais mise à jour sur votre compte Facebook?

En résumé, de tous les GAFA, Facebook est non seulement le plus jeune, mais aussi celui qui a évolué de la pire des manières. Mais heureusement, il reste celui qui reste le moins nécessaire à notre quotidien!